Tout savoir sur… les bêta2-agonistes, la codéine et l’hygénamine

les bêta2-agonistes, la codéine et l’hygénamine dans le collimateur.

Mis sous le feux des projecteurs par l’AMA, les bêta2-agonistes, la codéine et l’hygénamine connaissent des niveaux de notoriété différents. Le points sur ces substances avec le Dr. Jacomet.

Des substances sous le feu des projecteurs

L’AMA est passé à la vitesse supérieure concernant les bêta2-agonistes.  Le salbutamol, le formotérol et le salmétérol ont été rejoints par le fénoterol, la terbutaline ou le vilantérol au rang des substances interdites. L’AMA en profite pour rappeler les dosages autorisés et a insisté sur le fait que des études étaient en cours pour établir un seuil approprié de concentration urinaire pour le salmétérol inhalé. De son côté, l’higénamine, un produit retrouvé fréquemment dans les compléments alimentaires est un bêtastimulant brûleur de graisse et a été à l’origine de la suspension, avant sa totale réhabilitation, du footballeur international français Mamadou Sakho. La substance en elle-même n’était pas, alors, listée nominativement. Elle l’est depuis.  Il convient de rappeler que la codéine est sous surveillance. Cette substance appartient à la famille des narcotiques et peut, en se dégradant, laisser des traces de morphine entraînant, si contrôle antidopage, un résultat positif. Pour mémoire, avant de figurer sur la liste des interdictions 2016, le Meldonium, à l’origine, notamment, de la suspension de la joueuse de tennis Maria Sharapova, avait également été placé sous surveillance. 

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Pour aller plus loin : trois questions au Docteur Jacomet, Membre du Comité Monégasque Antidopage

Les bêta-2-agonistes sont des médicaments qui dilatent les bronchioles alvéolaires et qui permettent donc de mieux respirer en augmentant finalement l’arrivée de l’oxygène au niveau des tissus. Il ne fait aucun doute qu’il s’agit de produits dopants puisqu’ils améliorent la performance.

L’existence d’un asthme survenant à l’effort intense est prouvée. Elle légitime l’autorisation délivrée à certains sportifs de prendre trois d’entre eux : le salbutamol, le formotérol et le salmétérol de manière restreinte et contrôlée par le Code Mondial Antidopage.

La codéine est un antalgique faible. Or, la recherche d’un effet antalgique, faible ou fort, concourt à l’amélioration de la performance puisque la douleur est un facteur limitant de la performance. De plus, la codéine peut masquer la prise de morphine, un antalgique puissant, en faisant apparaître au laboratoire les deux molécules simultanément dans l’urine. Or, l’une se transforme en l’autre, en faible proportion certes, mais il suffit finalement de très peu de codéine pour masquer une prise en quantité importante de morphine.

Comme la codéine fait partie de nombreux médicaments antigrippaux ordinaires, il est impossible de l’interdire de but en blanc. C’est normal de la placer sous surveillance en guise d’avertissement pour dissuader un usage détourné.

Les effets exacts de l’higénamine ou norcoclaurine ne sont pas vraiment connus. Comme de nombreuses molécules extraites de plantes, sa pharmacologie sera écrite avec beaucoup de retard. La raison pour en interdire la consommation est que si les sportifs l’utilisent c’est qu’elle doit avoir un effet dopant ! Explorer les effets d’une molécule nouvelle dont on ne sait rien peut prendre dix à vingt ans. Dans l’attente l’Agence Mondiale Antidopage prend la décision de l’interdire pour préserver la santé du sportif autant que prévenir un usage dopant. Le seul fait que sa structure chimique soit apparentée aux amphétamines est une justification de la prudence des autorités.

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Médecin biologiste des hôpitaux
Pharmacologue-Toxicologue au CHU de Nice
Chef de service du laboratoire d’addictologie biologique et toxicologie à l’hôpital de l’Archet 2
Responsable de l’Antenne Médicale de Prévention du Dopage (AMPD) en région PACA

Expert près la Cour d’appel d’Aix-en-Provence
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