Compléments alimentaires, trois questions à… Mme Rougaignon-Vernin

Les compléments alimentaires et le dopage

La mise en garde de l’Agence Mondiale antidopage est sans équivoque : c’est avec une extrême prudence qu’il faut avoir recours aux compléments alimentaires. Or, la popularité de ces produits n’a cessé de croître au cours des dernières années. L’appétit des sportifs rencontre parfois l’avidité d’enseignes qui peuvent ne pas respecter des processus de production strictes, garantissant l’intégrité de la formule, surtout quand on passe par internet. Voici ce qu’il faut savoir sur les compléments alimentaires. Et pour aller plus loin, nous avons posé trois questions à Mme Caroline ROUGAIGNON-VERNIN, Présidente du Conseil de l’Ordre des Pharmaciens de la Principauté de Monaco.

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Quels sont les risques ?

Les risques pour un sportif sont nombreux. L’Agence mondiale antidopage est catégorique : « L’utilisation de compléments alimentaires par des sportifs est une préoccupation importante, parce que dans de nombreux pays, la production et l’étiquetage de compléments ne suivent pas de règles strictes. Ceci peut mener à l’utilisation d’un complément contenant une substance non déclarée qui est interdite par les règles antidopage. Un nombre important de contrôles positifs ont été attribués au mésusage de compléments. Justifier l’obtention d’un résultat d’analyse anormal par l’utilisation d’un complément alimentaire mal étiqueté n’est pas une défense adéquate dans une audience liée à un contrôle positif. Il faut soupeser le pour et le contre entre les risques de la prise de compléments et ses avantages potentiels. De plus, les sportifs doivent comprendre les répercussions négatives d’une violation des règles antidopage découlant de la prise d’un complément contaminé. L’utilisation de compléments qui ont été soumis à l’un des mécanismes d’évaluation de la qualité disponibles peut aider à réduire les risques de dopage par inadvertance, mais ne les élimine pas. »

Il y a donc plusieurs failles dans le processus de recours à un complément alimentaire. Des études ont montré qu’au moins un complément alimentaire vendu dans le commerce sur cinq contient des substances non signalées dans la notice, la plupart du temps dopantes. Premièrement, le processus de fabrication peut ne pas assurer l’intégrité du complément alimentaire qui peut être mis en contact, parfois volontairement, avec des substances interdites. Deuxièmement, la composition du complément n’est pas exhaustive et n’indique pas la présence d’un ingrédient potentiellement interdit. Si le complément alimentaire contient des molécules dopantes, même à l’insu du sportif, celui-ci sera considéré comme responsable et sanctionné.

Troisièmement, la prise d’un complément alimentaire qui présenterait des traces de produit(s) dopant(s) pourrait entraîner de graves conséquences sur la santé du sportif. Sans oublier que la surconsommation d’un produit pourtant sain en doses raisonnables peut avoir d’importants effets indésirables et provoquer des interactions néfastes avec d’autres substances.

Le rôle du pharmacien avec Mme Caroline ROUGAIGNON-VERNIN, Présidente du Conseil de l'Ordre des Pharmaciens de la Principauté de Monaco

Pour un conseil de première qualité, il est important de se tourner vers son pharmacien. Mme Caroline ROUGAIGNON-VERNIN,
Présidente du Conseil de l’Ordre des Pharmaciens de la Principauté de Monaco, a accepté d’approfondir le sujet pour le CMA.

Qu'est-ce qu'un complément alimentaire ?

Les compléments alimentaires ont pour vocation de compléter un régime normal. Il s’agit d’une source concentrée de nutriments (minéraux et/ou vitamines) ou d’autres produits, à base de plantes ou d’extraits de plantes. On les retrouve sous forme de comprimés, de gélules, de poudre ou d’ampoules.

Ai-je besoin de compléments alimentaires ?

Les études médicales sont formelles : la grande majorité de la population, en suivant un régime alimentaire équilibré, n’aura jamais besoin d’avoir recours à des nutriments. Les doses quotidiennes nécessaires au bon fonctionnement de l’organisme et du psychisme sont largement apportées par une alimentation saine et variée. En dépit du fait qu’aucun bénéfice d’une prise de nutriments n’est démontrée pour les personne ne présentant pas de carences, près d’un adulte sur trois en consommeraient, selon des chiffres du Synadiet (Syndicat national français des compléments alimentaires) et du Credoc (Centre de recherche français pour l’étude et l’observation des conditions de vie). Dans certains cas cependant, notamment lorsque l’on pratique une activité physique intense ou lorsque l’on présente une vulnérabilité particulière, des apports en vitamines, minéraux et nutriments peuvent être utiles. Dans ces cas rares, il est vivement conseillé d’être encadré par un professionnel de la santé qui évaluera les besoins réels.

Quelles sont les règles de prudence ?

Il est indispensable que l’emballage porte la mention « complément alimentaire », liste les nutriments et substances contenus ainsi que leur quantité et indique la dose journalière conseillée. L’AMA, une nouvelle fois, est très claire : « L’AMA n’est aucunement impliquée dans les procédures d’homologation des compléments alimentaires et par conséquent, n’approuve ni n’appuie aucun fabricant de tels produits ni les produits eux-mêmes. L’AMA ne contrôle pas la qualité ni les données de l’industrie des compléments. Certaines sociétés de cette industrie peuvent par contre, de temps à autre, prétendre que leurs produits ont été approuvés ou homologués par l’AMA. » Il n’existe aucune norme qui ait la bénédiction de l’AMA. Certains labels sont pour autant plus sûrs que les autres. C’est le cas, en particulier, de la norme AFNOR V 94-001 qui permet, en théorie, de certifier l’absence de substance interdite dans les compléments alimentaires ou autres denrées diététiques destinées aux sportifs. En tant que sportif, il convient dans tous les cas de demander conseil à un professionnel de la santé, en particulier à son pharmacien.

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