Entretien avec Laurent Puons, Président de la Fédération Monégasque de Boxe

Entretien avec Laurent Puons, Président de la Fédération Monégasque de Boxe

En 2014, Laurent Puons reprenait en main la Fédération Monégasque de Boxe et lui  insufflait un dynamisme nouveau. Trois ans plus tard, la réussite est grande et le noble art se porte très bien en Principauté. Au point d’afficher de grandes ambitions.

La boxe relève les gants

Ancien boxeur de talent, Laurent Puons a longtemps tourné le dos à sa passion de jeunesse. Mais l’amour du noble art l’a rattrapé au tournant. En 2014, ce sportif de haut niveau devenait le Président de la Fédération Monégasque de Boxe et s’entourait d’une équipe capable de redonner vigueur à une activité plongée, alors, dans une période creuse. Trois ans plus tard, le bilan est radieux, comme en témoignent la vitalité des galas de boxe organisés par la fédération, dont le dernier vient d’avoir lieu. Laurent Puons nous en dit un peu plus sur cette renaissance, mais aussi sur l’importance que peut avoir la boxe sur la construction d’un individu et évoque de manière franche les problématiques du dopage.

Le comité Monégasque Antidopage : Pour ceux qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous nous raconter votre parcours et le chemin qui vous a mené à la présidence de la Fédération Monégasque de Boxe ?

Laurent Puons : J’ai toujours baigné dans l’univers de la boxe. J’ai commencé à boxer à l’âge de 17 ans, en tant qu’amateur, et après six mois de pratique, j’ai été finaliste des Championnats de France Juniors. J’ai gagné mes quatre premiers combats et j’ai perdu en finale, je m’en souviendrai toujours, sur un coup de coude de mon adversaire que l’arbitre n’a pas vu. Mon adversaire aurait dû être disqualifié, mais c’est ainsi. Une entrée en matière assez mémorable ! Je suis passé amateur la saison d’après et j’ai fait trois ans de boxe amateur où j’ai enchaîné une quarantaine de combats. Je boxais pour Beausoleil.

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Adriani Vastine boxeur licencié à la FMB aux côtés de Laurent Puons

Sur les quarante combats, j’ai dû enregistrer cinq ou six défaites. J’étais considéré comme un bon espoir. Je suis passé pro et j’ai fait deux saisons avec douze combats et quatre défaites. J’ai arrêté sur la dernière défaite. J’ai fait une finale du tournoi de France pro en deux ans. Mais j’étais très jeune, j’avais 21 ans et en face de moi il y avait des gens qui étaient plus aguerris avec plus d’expérience. Et chez les super-welters, l’expérience compte beaucoup…

Surtout que l’âge de maturité est un peu plus avancé pour ces catégories…

Oui, tout à fait. J’étais encore trop immature. Et comme j’étais un vrai compétiteur, je n’ai pas eu la patience d’attendre. Mon entraîneur pensait que j’allais faire une belle carrière. À cette époque, je travaillais au Gouvernement et, là, cela commençait à être difficile de tout concilier. D’autant plus que je m’étais marié et que je souhaitais avoir un enfant.

C’est un sport très exigeant.

Oui, très. Le sport en lui-même, hors compétition, est un très bon sport. C’est l’école de la  vie et je n’arrête pas de le répéter aux jeunes boxeurs amateurs du club. C’est vraiment l’école de la vie parce que ça vous forme un certain tempérament : pour vous faire renoncer à quelque chose il va falloir vraiment être très fort. C’est ce que ce sport m’a apporté avant tout et c’est ce qu’il me restera de plus important. Même aujourd’hui ça me sert encore dans mon business : quand certains abandonnent, disent « on laisse tomber », je dis « non, on ne laisse pas tomber, on va jusqu’au bout et on va se battre jusqu’au dernier moment ». C’est sans doute vrai pour tous les sports individuels à haut niveau. Mais la boxe, c’est quand  même particulier. Après, je pense que tout le monde n’est pas fait pour ce sport. Il faut avoir un certain caractère, notamment pour la compétition où on est conditionné pour se battre. L’entraînement, en revanche, est quelque chose de merveilleux et on voit de plus en plus de gens venir à la salle, notamment des femmes.

Vous avez arrêté au bout de cinq, six ans, et puis ?

J’ai totalement tiré un trait sur la boxe ! Pratiquement du jour au lendemain, je n’ai plus regardé un combat. La coupure avec mon entraîneur a été très difficile, car c’est quelqu’un que j’aimais énormément, mais je suis passé à autre chose. J’ai donc totalement coupé jusqu’à il y a trois ans de cela. C’est Andrei Micallef, le Président de l’ASM Boxe, qui m’a appelé et qui m’a demandé de rentrer à l’ASM en tant que Vice-Président pour relancer le club. Le club repart de l’avant et un an plus tard, c’est la Fédération Monégasque de Boxe qui me contacte pour que je devienne leur Président. J’ai relevé le défi ! Quand j’ai dit « oui », je ne pensais pas qu’on allait mettre en place tout ce qu’on a fait jusqu’à ce jour.

 

Avec Sacha Di Lauro, Abdelelah Karroum, John Marinkovitch, Hugo Micallef, Lorenzo Fernandez, la Fédération Monégasque de Boxe détient une équipe aussi compétitive que prometteuse.

À ce sujet, quel est le rôle d’un Président de fédération. Quelle est, concrètement, son action ?

Tout d’abord, un Président est bon s’il est bien entouré. J’ai la chance de pouvoir compter sur mon ami, Andrei Micallef. J’ai également la chance de pouvoir compter sur plusieurs personnes, principalement des bénévoles, qui font un travail extraordinaire. En tant que Président, j’ai mis en place une réglementation pour la boxe amateur et professionnelle à Monaco (des commissions de discipline, litiges, médicales, etc.). Comme nous sommes partis d’une page blanche, il a fallu créer un site internet, une structure administrative, bref, poser tous les fondements. Et aujourd’hui, depuis environ deux ans, on s’est fixé comme challenge d’organiser quatre galas de boxe par an. Le premier de l’année a d’ailleurs eu lieu le 21 janvier dernier. En fait, ma priorité est de relancer la boxe en Principauté.

Justement, comment se porte la Fédération Monégasque de Boxe ?

La Fédération se porte vraiment très bien. Aujourd’hui, nous avons environ 200 licenciés. Sur ces 200 licenciés, nous avons 5 boxeurs amateurs qui sont compétiteurs, comme le petit Hugo Micallef. Il est de nationalité Monégasque et nous souhaitons l’amener aux Jeux Olympiques de 2020. Il en a le potentiel. L’équipe de boxeurs amateurs est également composée de boxeurs de nationalité française qui sont du niveau national. Nous détenons une très bonne équipe, respectée, et de très bons entraîneurs. Cet engouement pour la boxe se constate également le mercredi après-midi puisque l’école de boxe voit son nombre de licenciés augmenter chaque année. Le lundi, mardi et vendredi soir, on a la boxe loisir où les licenciés sont aussi nombreux. À tel point que, parfois, la salle est presque trop petite !

Il semblerait qu’il y ait un fort regain d’attractivité de la boxe auprès du grand public, après une vaste période plutôt morne, des années 90 à 2010. Constatez-vous ce nouvel engouement ? Comment l’expliquez-vous ?

Nous le constatons tous les jours un peu plus ! En 2014, l’organisation d’un Gala de boxe avec la participation de la SBM nous a donné envie de faire plus pour la boxe en Principauté. De ce fait, nous avons continué sur cet engouement et nous avons continué d’organiser de façon régulière des galas afin d’installer durablement la boxe en Principauté de Monaco. Et ça a marché ! Chaque gala que nous organisons attire de plus en plus de spectateurs ! C’est encourageant et cela démontre que la boxe a une place à prendre parmi tous les événements sportifs organisés à Monaco. Le prochain gala aura lieu au mois d’avril et d’autres galas seront à venir avant la fin de l’année 2017. Tout au long de l’année, nous faisons combattre nos boxeurs amateurs dans des compétitions ainsi que nos boxeurs professionnels licenciés à la Fédération Monégasque de Boxe et à l’ASM. Aujourd’hui, on sait que la boxe existe à Monaco !

Quel regard portez-vous sur la problématique du dopage, dont l’actualité n’a jamais été aussi brûlante ?

Avant toute chose, il faut être contre le dopage. C’est malsain et cela va contre la santé des sportifs. Malheureusement, le sportif est pris dans un engrenage très difficile. Je le répète, je suis contre le dopage. Mais demain, si l’on arrivait à le supprimer, est-ce que le public serait satisfait du spectacle proposé. Est-ce qu’on se satisferait de sprinters qui font le 100 mètres en 11 secondes ou des coureurs du Tour de France qui se traînent. Il y a aussi le problème de la liste des produits dopants qui semble parfois arbitraire. Mais il faut s’y plier et un sportif de haut niveau le sait. Aujourd’hui, nous en sommes au point où vous ne pouvez pas prendre certaines gouttes pour le rhume ! Pourtant je vous prie de croire que ce ne sont pas des gouttes pour le nez qui vont me faire gagner un combat ou le perdre. En disant cela, je ne veux surtout pas défendre le sportif qui se dope. Il ne faut surtout pas se doper, c’est une grave erreur et il y a toujours des conséquences. Aujourd’hui, le sportif est au milieu d’un système qui le dépasse et qui le pousse à se doper. Et c’est lui qui est montré du doigt. Le vrai sportif cherche à toujours dépasser ses limites pour être le meilleur. C’est un problème très complexe.

On sait que la boxe a un immense pouvoir structurant auprès des jeunes. Dans un monde du sport où il y a de plus en plus de pression à la fois médiatique et financière, voire politique, quel message est susceptible de passer auprès de la jeunesse pour l’écarter du chemin de la tricherie et du dopage ?

C’est un peu comme le tabac. Il ne faut pas prendre la première cigarette, pour éviter de devenir fumeur. Je vais vous faire une confidence, une fois, j’ai pris de la créatine, un complément alimentaire en vente libre en pharmacie qui n’est pas considéré comme dopant. On m’avait dit « essaie ça, tu verras, c’est formidable ». Un peu comme on propose une première cigarette. J’ai essayé, je me suis senti un autre homme dans la salle d’entraînement, alors même que les effets de la créatine ne sont même pas avérés ! Tout ça pour dire que la pente est vite glissante et qu’il ne faut surtout pas commencer. Il faut s’entraîner et avoir un mental en béton. Après, il arrive ce qu’il doit arriver… Il est difficile, ensuite d’expliquer aux jeunes qu’il ne faut pas se doper alors qu’ils peuvent avoir en face d’eux des gens qui sont de toute évidence « chargés ». Le dopage est un sujet tabou.

Il y a quand même de graves problèmes de santé…

C’est effectivement là où je voulais en venir. Moi, ce qui me préoccupe avant tout, c’est la santé des sportifs. On a vu de grands sportifs, notamment en cyclisme, mourir d’un cancer ou tomber dans la toxicomanie. Certains disent qu’il y a aujourd’hui des produits qui ne sont pas du tout nocifs pour la santé. Je n’y crois pas. Quand votre corps, au bout de deux heures, doit s’arrêter de courir et que vous le faites courir une demi-heure de plus, ce n’est pas bon. L’entraînement de haut niveau est en soi, à terme, mauvais pour le corps. Il met le corps à rude épreuve. Alors si vous ajoutez à cela des produits qui vous font repousser vos limites, c’est suicidaire.

Il semblerait que par les valeurs qu’elle charrie, la boxe, le fameux « noble art », soit un peu plus protégée, par nature, que les autres sports ? Est-ce un a priori justifié ? En d’autres termes, dans quelle mesure, selon vous, la boxe est-elle atteinte par ce fléau ?

Je ne crois pas que ce soient les valeurs que la boxe porte qui la protégeraient, davantage que d’autres sports, du dopage. La plupart des sports portent de grandes valeurs. En revanche, il y a une spécificité des sports de combat. En boxe, il est très dangereux de se doper avant de monter sur le ring. Je me souviens de l’époque où je pratiquais la boxe, il y avait des produits dopants qui pouvaient vous rendre plus agressif. Le problème quand vous êtes agressif, c’est que vous n’avez plus le sentiment de protection, vous prenez plus de coups. Même si vous encaissez bien bien les coups, et ce n’est pas une qualité, au bout d’un moment vous vous dites « bon, lui, il frappe, je monte les mains et j’arrête d’aller au mastic ». Sauf que si vous avez pris ces produits, vous ne montez pas les mains, ou vous êtes anesthésié. L’accident est proche et, si vous ne sentez pas les coups, votre cerveau,  lui, les reçoit. Pour le combat, le produit dopant est très dangereux. Il faut garder  sa lucidité et gagner avec la tête. Il y a encore aujourd’hui des boxeurs qui meurent sous les coups. Après, il est certain qu’à la préparation, il doit y avoir des boxeurs qui se chargent, comme dans tous les sports.

Si un jeune de 13 ou 14 ans venait vous voir aujourd’hui en se disant intéressé par la pratique de la boxe. Qu’est-ce que vous lui diriez ?

Vous savez, il y a plusieurs profils. Quand je prends le cas du petit Hugo Micallef, c’est le premier de la classe. C’est le petit gamin qui a des lunettes qui n’est pas bagarreur pour deux sous, qui est beau gosse, qui est intelligent et qui réussit brillamment ses études. Il fait de la boxe et c’est un très bon boxeur. Moi, quand j’étais gamin, j’allais à la boxe parce que c’est mon père m’y envoyait en me disant « maintenant, si tu veux te battre, tu montes sur un ring ». J’étais bagarreur. J’avais besoin de canaliser toute cette énergie. Et puis j’aimais ça, j’aimais me battre.  On peut donc conclure qu’il n’y a pas vraiment de profil pour être boxeur, il faut juste avoir du courage. Quel que soit le tempérament que l’on a, il faut avoir un petit  plus, c’est ce qui fait la différence. Vous prenez des coups, le mec en face est là pour vous mettre hors combat. C’est donc un sport à part qu’il ne faut jamais faire contre sa propre nature. Quand on ne sent plus, il faut arrêter. Souvent les boxeurs se demandent sur le ring « qu’est-ce que je fais là ?». Mon entraîneur me disait : « si tu te poses la question, tu arrêtes ». Là, je vois que tous nos gamins adorent ça. Pour eux, c’est un jeu. Moi, je n’ai jamais joué sur un ring, j’ai toujours eu une pression terrible. C’est sans doute pour cela que j’ai arrêté tôt. Donc il faut du courage, de la détermination et y trouver du plaisir.

Et aux parents ?

Quand je vois combien il est difficile, pour moi, de regarder mes petits boxeurs sur le ring, j’imagine combien ça doit l’être pour leurs proches. Je déconseille, surtout pour une mère ou une compagne, d’assister à une réunion de boxe. C’est très violent. Après, ça forge  tellement le tempérament !

 

 

Note du Comité Monégasque Antidopage : Les propos tenus sur ce site par les personnes interviewées ne représentent que et uniquement l’opinion de leurs auteurs et n’engagent pas le Comité Monégasque Antidopage.