Dopage, une si longue histoire (1)

Dopage, une si longue histoire: d’antiques pratiques

Non, le dopage n’a pas attendu l’ère du sport spectacle et du dépassement de soi à tout prix que nous traversons pour faire parler de lui. L’homme, depuis des temps immémoriaux, a toujours cherché à s’extraire de sa condition de petit mammifère fragile et à dépasser ses limites. Dès que le sport, notamment dans l’Antiquité, est devenu un phénomène social central, les premiers cas de dopage ont été répertoriés par les historiens de l’époque. Première partie, antique, de notre voyage à travers l’histoire du dopage.

Héros, démiurges et titans

Les vertus anabolisantes des plantes sur le corps humain sont connues depuis la nuit des temps. La Chine et la Corée étaient, dès 3 000 avant notre ère, de grandes consommatrices de ginseng pour ses propriétés sur la résistance à l’effort. Les populations primitives d’Afrique comme celles d’Amérique avaient déjà recours respectivement à la noix de Kola et la feuille de coca. Le mot dopage lui-même nous viendrait du terme « dop », une boisson alcoolisée permettant d’entrer en transe lors des fêtes religieuses.

Mais ce sont évidemment des Grecs, avec les Jeux olympiques antiques, que nous reviennent les plus précises histoires de dopage. Depuis le début des compétitions en 776 av. J.-C., les historiens ont écrit sur les substances utilisées par les athlètes pour améliorer leurs performances. On trouve de nombreuses références à des spécialistes qui leur prodiguaient conseils et décoctions magiques avant les épreuves. L’Antiquité regorgeait déjà de docteurs Ferrari ! Les plus anciens textes font état de l’absorption en très grande quantité de testicules de mouton. Un tel régime avait pour conséquence d’augmenter drastiquement le taux de testostérone — cette même hormone que l’on exploite aujourd’hui à travers les stéroïdes anabolisants. Le terme anabolisant vient d’ailleurs du grec « anaballo » signifiant « repousser ». À cette époque, la croyance dans la transposition des attributs d’un animal vers celui qui le consomme était largement répandue. Ainsi, Milon de Crotone rapporte que les lutteurs dévoraient une quantité titanesque de viande de porc pour hériter de leur carrure. Les sauteurs se jetaient sur la viande de chèvre… pour sauter plus haut. Les boxeurs et les lanceurs se tournaient, quant à eux, vers la viande de taureau. Red Bull n’a ainsi rien inventé ! Dès le troisième siècle avant notre ère, les Olympiens tentaient d’améliorer leurs performances en consommant des champignons, comme en témoignent les écrits de Philostratus. Breuvages à base d’herbacés, décoction à base d’alcool, comme l’hydromel, ou à base de strychnine et d’hallucinogènes furent dès lors très plébiscités. La sauge eut même les faveurs des sportifs romains.

FRANCE - MAY 14:  Nike offering laurel wreaths to the winners of the games and a sash for the winner, engraving by Benedict Piringer (1780-1826) from a Greek original, from Collection de Vases Grecs de Ms le Comte de Lamberg, by Alexandre de Laborde, 1813-1824, Paris.  (Photo by DeAgostini/Getty Images)

Des hommes et des dieux

Si les athlètes étaient pris la main dans le pot à champignons hallucinogènes ou en train de se goinfrer à l’arrière d’une porcherie, ils étaient sévèrement punis. La lutte antidopage était déjà une réalité. La sentence était d’ailleurs sans appel : ils étaient bannis à vie des Jeux – sanction qui satisferait les défenseurs actuel de la suspension définitive pour faits de dopage – et  leurs noms étaient gravés dans le marbre des statues placées sur le chemin du stade. Les piédestaux soutenaient des « zanes », des statues en bronze grandeur nature de Zeus. Ces sculptures n’étaient pas là pour honorer les grands athlètes de l’époque, mais pour punir, à perpétuité, les athlètes qui violaient les règles olympiques. Les inscriptions à ces grands registres de la honte ont également servi d’avertissement aux athlètes de l’époque qui passaient devant en se rendant au stade où les attendaient plus de 40 000 spectateurs. Aujourd’hui encore, des socles de pierre qui bordent l’entrée du stade olympique d’Olympie, site des anciens Jeux olympiques (776 av. J.-C. -394 apr. J.-C.), rappellent l’anathème et l’opprobre qui frappaient les tricheurs et leur famille.